Des métiers entre tensions, transformations et émergences
Certains métiers demeurent fortement sollicités tout en rencontrant d’importantes tensions de recrutement. C’est notamment le cas des fonctions liées à la conduite et à la maintenance, confrontées à des conditions de travail exigeantes et à des départs à la retraite importants.
Parallèlement, le secteur voit apparaître de nouveaux métiers portés par le développement de l’économie circulaire, tels que : éco-ambassadeur et diagnostiqueur de déchets. Ils illustrent une transformation plus large des modes de gestion des déchets, désormais davantage orientés vers la prévention, la valorisation et le réemploi.
D’autres métiers, considérés comme stables, demeurent essentiels au fonctionnement quotidien des activités. L’encadrement des équipes, la gestion administrative, la maintenance des infrastructures ou encore le pilotage de la qualité de traitement des déchets restent au cœur de l’organisation du secteur. Leur contenu évolue toutefois progressivement sous l’effet de la numérisation des outils, de l’automatisation de certains process et de la montée en technicité des activités.
Certaines professions apparaissent en revanche plus sensibles aux transformations en cours. L’automatisation et la digitalisation modifient les organisations de travail et redessinent certains postes, notamment dans les activités de tri. Les métiers d’agents de tri, par exemple, connaissent des évolutions marquées, avec des impacts possibles à terme sur les volumes d’emploi. Ces mutations renforcent les besoins en polyvalence, en adaptation et en maîtrise des outils numériques.
La lecture par grandes filières permet d’observer plus finement ces dynamiques.
Dans la filière exploitation, le paysage apparaît globalement stable, mais traversé par des transformations profondes. Certains métiers, comme les équipiers de collecte, agents de centre de tri, agents de réception ou agents de pont-bascule, figurent parmi les plus sensibles aux évolutions technologiques. L’automatisation y modifie les gestes professionnels et les organisations, avec, dans certains cas, une diminution des effectifs et des besoins accrus de formation aux outils numériques. À l’inverse, les métiers de conduite — notamment conducteurs de matériel roulant et conducteurs d’engins — apparaissent en tension. Malgré les évolutions techniques des équipements, la demande pour des profils qualifiés demeure forte. La filière voit également émerger de nouvelles fonctions telles que les éco-ambassadeurs, maîtres-composteurs, diagnostiqueurs, rudologues ou experts R&D, qui accompagnent les changements de pratiques et la transition vers des modèles de gestion plus durables. D’autres activités, enfin, conservent une forte stabilité, comme l’accueil en déchèterie, les agents de propreté, ou les conducteurs de matériel roulant dans la propreté urbaine. Ces activités répondent à des besoins constants du service public et des donneurs d’ordre. Les infrastructures et process de tri évoluent également lentement.
Du côté de la maintenance et des métiers supports, les besoins apparaissent particulièrement stratégiques. Les fonctions d’agents d’entretien des infrastructures, d’agents qualifiés de maintenance, de techniciens et responsables de maintenance concentrent des tensions fortes. Elles répondent à des besoins critiques pour assurer la pérennité des infrastructures. En parallèle, de nouveaux métiers se développent à l’intersection des enjeux techniques, logistiques et numériques. Les techniciens de traitement, techniciens d’études, profils commerciaux spécialisés, logisticiens ou encore data analysts accompagnent les transformations du secteur dans un contexte marqué par l’optimisation des flux, la réduction à la source, le développement des biodéchets ou encore la valorisation matière et énergétique. Enfin, un socle de métiers demeure stable : agents qualifiés, chefs d’équipe, techniciens administratifs, conducteurs d’installation, responsables de conduite ou responsables de centre de tri. Ils continuent d’occuper une place essentielle dans l’organisation des activités. Ils assurent l’encadrement humain, la gestion administrative et le pilotage technique nécessaires au fonctionnement des infrastructures ainsi qu’au maintien des exigences de qualité attendues par les donneurs d’ordre.
Former, attirer, structurer : les leviers pour accompagner les transformations du secteur
Face à ces transformations, les besoins en compétences évoluent.
Les entreprises identifient plusieurs priorités de formation :
• Le développement durable (un enjeu pour sept entreprises sur dix à l’horizon 2030) ;
• La santé et la sécurité au travail (une priorité pour plus d’une entreprise sur deux) ;
• La maîtrise du tri et des matériaux, ainsi que les compétences digitales (reporting, outils, logiciels).
• Les compétences relationnelles et de communication prennent également de l’importance, notamment pour accompagner les usagers dans l’évolution de leurs pratiques ;
• Les savoirs de base restent un enjeu central pour sécuriser les parcours professionnels, dans un secteur où une partie des salariés est peu qualifiée.
L’offre de formation est globalement jugée adaptée, même si les transformations en cours invitent à poursuivre les efforts d’ajustement, notamment en matière de lisibilité et d’accessibilité. Plus de la moitié des entreprises la jugent adaptée à leurs besoins de proximité, et près des deux tiers estiment que sa durée et ses modalités pédagogiques sont appropriées.
Plusieurs leviers se dessinent pour accompagner les transformations du secteur. Le développement des compétences, en particulier digitales et fondamentales (les savoirs de base), constitue un enjeu clé pour sécuriser les trajectoires professionnelles.
Renforcer l’attractivité des métiers au cœur de l’activité du secteur apparaît également essentiel, à travers leur valorisation et l’accompagnement des mobilités professionnelles, notamment via des dispositifs comme la PRO-A.
La structuration des métiers émergents et le renforcement des expertises liées à l’économie circulaire constituent des axes stratégiques, en particulier autour des matériaux, du tri et du développement durable.
Enfin, l’évolution de l’offre de formation, notamment par une meilleure visibilité des certifications de qualification professionnelle (CQP) de la branche, apparaît comme un levier important.
La transformation du secteur des activités du déchet et de la propreté urbaine ne se traduit pas par une disparition des métiers, mais par une recomposition progressive des compétences. Une évolution qui appelle des réponses différenciées, au plus près des réalités de terrain et des trajectoires professionnelles.
Pour aller plus loin :
Paradoxes Conseil (pour OPCO AKTO), CPNEFP des activitésdu déchet, Regard prospectif sur la branche des activités du déchet et de lapropreté urbaine à 5 ans, décembre 2023.
Lire l’article 1 sur le modèle économique des activités du déchet et de la propreté urbaine :
Les activités du déchet et de la propreté urbaine :quelles transformations du modèle économique ?