Les salariés seniors occupent une place croissante dans les métiers de l’ingénierie, du numérique et du conseil. Majoritairement cadres et expérimentés, ils sont attachés à leur entreprise et se projettent dans leur parcours professionnel. Mais à mesure que les carrières avancent, les besoins évoluent. Si les conditions de travail demeurent globalement satisfaisantes, les attentes en matière d’accompagnement et d’aménagement de fin de carrière se renforcent. Dans le même temps, moins de deux entreprises sur dix ont mis en place des actions ciblées. À partir d’une étude réalisée par le cabinet Actehis en partenariat avec OPAL et l’ADESATT, cet article analyse les conditions d’emploi des seniors dans la branche BETIC et leurs besoins d’accompagnement.

Seniors dans l’ingénierie, le numérique et le conseil : quelle réalité de l’accompagnement des fins de carrière ?

Des profils expérimentés et recherchés par les entreprises

La branche professionnelle BETIC regroupe les entreprises de l’ingénierie, du numérique, des études et du conseil. 

En 2021, elle comptait 318 855 salariés âgés de 45 ans et plus, soit 26 % des effectifs. Cette proportion a progressé de 9 % entre 2016 et 2021. Le secteur de l’ingénierie se distingue particulièrement, avec 32 % de seniors dans ses effectifs.

Une étude réalisée par le cabinet de conseil Actéhis en partenariat avec l’Opal et l’ADESATT (“Étude sur l’emploi des seniors et leurs conditions de travail dans la branche BETIC”, décembre 2023) montre que les seniors occupent majoritairement des postes cadres (plus des deux tiers). La majorité a un contrat stable (neuf sur dix sont en CDI). Le temps partiel est peu répandu dans la branche professionnelle (5 %), mais il augmente avec l’âge (7 % chez les 45-49 ans, 11 % chez les 55 ans et plus). L’ancienneté des seniors est un marqueur fort : 16 ans en moyenne dans leur entreprise, 22 ans dans la branche. 

Les salariés seniors présentent plusieurs atouts. 73 % des entreprises participantes à l’enquête ad hoc réalisée par le cabinet Actehis se déclarent ouvertes aux candidatures seniors. Elles soulignent leur capacité à être rapidement opérationnels, leur haut niveau d’expertise, leur aptitude à piloter des projets, encadrer des équipes, gérer la relation client et absorber la pression. Dans des environnements exigeants, la stabilité, la gestion du stress et la maturité professionnelle sont également des qualités appréciées.

Des conditions de travail qui évoluent avec l’âge

Pourtant, derrière cette reconnaissance affichée, des fragilités apparaissent. Si les seniors déclarent globalement une bonne satisfaction quant à leurs conditions de travail et à l’intérêt de leurs missions, un peu plus de la moitié des 55 ans et plus font état d’une évolution de leurs conditions de travail (contre 13 % chez les moins de 45 ans). Ils estiment également que leur rémunération est insuffisante au regard de leur investissement professionnel.

Les contraintes temporelles, les transformations organisationnelles et technologiques apparaissent encore parfois insuffisamment accompagnées. 

Près des trois quarts des salariés seniors déclarent devoir travailler très vite. Sept professionnels sur dix évoquent une fatigue mentale importante. Cette proportion s’accroit chez les cadres, en particulier, les ingénieurs et les consultants.

La majorité des salariés seniors se projettent dans leur environnement professionnel. Pres des trois quarts souhaitent rester dans leur entreprise dans les prochaines années et les deux tiers dans le même poste. Ceux qui envisagent une évolution recherchent en priorité : de nouvelles missions (53 %), l’acquisition de nouvelles compétences (45 %) et une meilleure rémunération (42 %).

Des attentes fortes et des leviers encore peu mobilisés

L’enquête ad hoc réalisée par Actehis et OPAL montre que moins de deux entreprises sur dix ont mis en place des actions spécifiques. Les leviers les plus mobilisés sont la formation (45 %) et le tutorat ou mentorat (35 %). Lorsqu’elles existent, les actions spécifiques portent sur le maintien dans l’emploi, l’aménagement du temps de travail ou les dispositifs de transition vers la retraite.

Améliorer l’employabilité des seniors commence par l’écoute de leurs besoins. Ceux-ci expriment des attentes fortes en matière de : flexibilité des horaires et des lieux de travail, de meilleure articulation entre vie professionnelle et vie personnelle, ainsi que de soutien face aux problématiques de santé ou psychologiques. 

Les dispositifs de départ progressif ou de cumul emploi-retraite suscitent également un intérêt marqué.

L’étude menée par Actehis et OPAL pour l’ADESATT, avec l’appui de l’OPCO ATLAS, trace quelques pistes pour améliorer l’employabilité des seniors : gestion prévisionnelle des compétences à tous les âges, accès renforcé à la formation — notamment technologique —, prévention de l’usure professionnelle, transmission des savoirs intergénérationnelle et accompagnement plus structuré des fins de carrière.

Pour aller plus loin :

S. Bellot (Actéhis) & D. Asenmacher (Opal), ADESATT, « Étude sur l’emploi des seniors et leurs conditions de travail dans la branche BETIC », Décembre 2023.