Sur le terrain, plus de la moitié des professionnelles de l’artisanat du BTP et du paysage déclarent avoir déjà vécu une situation où leur interlocuteur s’est adressé à leur conjoint ou à un collègue masculin plutôt qu’à elles. Au-delà des compétences, ces situations interrogent les représentations des rôles et des légitimités professionnelles dans le secteur. À partir d’une étude réalisée par l’IRIS-ST en collaboration avec l’OPPBTP, la CAPEB et le CNATP, cet article propose un état des lieux de la place des femmes dans l’artisanat du BTP et du paysage.
Quelle est la réalité quotidienne des femmes dans l’artisanat du BTP et du paysage ?
Un taux de féminisation en progression, mais une répartition encore déséquilibrée
Aujourd’hui, les femmes représentent 13,6 % des salariés du bâtiment. Leur part a augmenté de cinq points depuis 2000. Il s’agit d’une progression réelle.
Cependant, l’emploi des femmes dans le BTP reste marqué par une forte segmentation, à la fois horizontale (répartition par métiers) et verticale (hiérarchie).
Elles occupent majoritairement des fonctions administratives, de gestion ou de direction. Elles représentent plus de deux cadres sur dix, près de la moitié des employés et techniciens, mais moins d’un salarié sur dix parmi les ouvriers. Elles sont également à la tête de plusieurs TPE artisanales.
Toutefois, elles demeurent nettement sous-représentées dans les métiers de la production.
L’organisation du travail reflète cette répartition :
- Sept professionnelles sur dix travaillent principalement en bureau ;
- Près d’un tiers partagent leur activité entre fonctions administratives et interventions sur chantier ;
- Moins d’une professionnelle sur dix intervient exclusivement sur les chantiers.
Dans les métiers du paysage, la dynamique est similaire : la présence féminine progresse, mais reste concentrée sur des fonctions de conception, de gestion ou d’entretien.
Une étude récente réalisée par l’IRIS-ST, l’OPPBTP, la CAPEB et la CNATP montre qu’un peu plus d’un tiers des entreprises artisanales du BTP et du paysage emploient actuellement une ou plusieurs femmes, sur des postes variés, dans l’administratif comme sur le chantier.
Certaines entreprises n’ont jamais employé de femmes, principalement en raison du faible nombre de candidatures féminines ou de l’absence de besoins de recrutement. Les conditions de travail (vestiaires, sanitaires) et la perception des métiers (port de charges, manutention), souvent évoquées comme des freins, apparaissent secondaires, mais bien réelles.
Des représentations socioculturelles encore à faire évoluer
Selon cette même étude, les professionnelles de l’artisanat du BTP et du paysage font face à des enjeux de légitimité.
Plus des deux tiers déclarent devoir régulièrement justifier leurs compétences ou leur légitimité professionnelle. Ce besoin de « prouver » s’exprime principalement face aux clients (64 %), mais aussi vis-à-vis des autres corps de métier (41 %) et des fournisseurs (34 %).
Plus de la moitié des professionnelles indiquent avoir vécu une situation où leur interlocuteur s’est adressé à un collègue masculin ou à leur conjoint, pourtant présents à leurs côtés, plutôt qu’à elles. Ces situations traduisent des évolutions de mentalités encore inégalement ancrées sur le terrain.
Des équipements encore peu adaptés
Une partie de l’outillage et des équipements de protection individuelle (EPI) est conçue selon des standards morphologiques masculins. Par exemple, les tailles de gants les plus courantes sont 8–9, alors que de nombreuses femmes portent du 6–7.
- 21 % des professionnelles évoquent un manque de tailles ou de coupes adaptées ;
- 12 % jugent certains EPI difficiles à trouver ;
- 8 % constatent une absence d’équipements réellement adaptés à leur métier.
L’accès à des installations d’hygiène adaptées (sanitaires, vestiaires) constitue également une préoccupation importante.
Des pratiques professionnelles qui enrichissent les organisations
Malgré ces freins, la moitié des professionnelles de l’artisanat du BTP et du paysage estime que le management par une femme apporte une approche différente. Quatre sur dix considèrent qu’il favorise les relations humaines et la communication.
Par ailleurs, les trois quarts indiquent que leur manière d’aborder la prévention diffère de celle de leurs collègues masculins. Sur chantier, les femmes adopteraient une approche plus préventive, davantage fondée sur l’anticipation et la préparation, afin de sécuriser les équipes.
Des leviers à activer pour un secteur plus inclusif
L’enjeu est triple : moderniser les outils, repenser les infrastructures et faire évoluer les mentalités.
Agir sur l’attractivité du secteur commence dès l’orientation scolaire, notamment par une meilleure valorisation des métiers.
La construction d’un environnement plus inclusif passe également par des actions concrètes :
- La généralisation d’EPI adaptés aux morphologies féminines ;
- Le soutien financier à l’acquisition d’équipements et d’aides à la manutention ;
- L’aménagement de bases vie adaptées (sanitaires, vestiaires).
Ces évolutions nécessitent une démarche collective, associant fabricants, organisations professionnelles, experts en prévention et acteurs institutionnels.
Pour aller plus loin :
IRIS-ST, OPPBTP, CAPEB, CNATP, « Les femmes dans l'artisanat du BTP et du paysage », 2025.