L’intelligence artificielle transforme progressivement les organisations industrielles. Si son impact sur les métiers de cadres reste encore difficile à mesurer, les usages se diffusent et les besoins en compétences évoluent. Son déploiement demeure toutefois inégal selon les entreprises et les fonctions. À partir d’une étude récente de l’Apec, menée en partenariat avec l’OPCO 2i, cet article analyse la perception de l’IA par les cadres de l’industrie, ainsi que les inquiétudes qu’elle suscite.

Une IA déjà présente dans l’industrie, mais encore en construction

L’intelligence artificielle recouvre aujourd’hui des domaines multiples (IA embarquée, maintenance prédictive, robotique, IA générative), dont la définition évolue au rythme des progrès technologiques.

Si l’IA générative concentre fortement l’attention médiatique, d’autres formes d’IA sont utilisées dans le milieu professionnel, notamment dans les filières industrielles de pointe (aéronautique, énergie, transport), où elles sont intégrées aux processus de production.

Des usages de l’IA en forte expansion dans les métiers de cadres

Une étude réalisée par l’Apec en partenariat avec l’OPCO 2i en février 2025 (« L’intelligence artificielle dans l’industrie : un impact multidimensionnel mais encore modéré sur les métiers des cadres ») montre qu'entre 2019 et 2023, les offres d’emploi industrielles mentionnant l’IA ont augmenté de 56 %, contre 13 % tous secteurs confondus.

Les entreprises industrielles expriment des besoins croissant en compétences techniques pour répondre aux enjeux en termes d’innovation. La demande de talents dotés de compétences en IA est portée majoritairement par les grandes entreprises et les ETI. Elles sont à l’origine de 52 % des offres au 1er trimestre 2023.

La branche métallurgie se distingue particulièrement en concentrant 80 %des offres liées à l’IA. Ces recherches concernent majoritairement des cadres : 9 offres sur 10. Elles se concentrent sur l’informatique (31 %), les études-R&D (26 %) ainsi que les fonctions commerciales et techniques.

 

Entre gains de productivité et inquiétudes sur le travail

Pour les cadres, l’IA apparaît d’abord comme un levier de productivité dans les entreprises où elle est déployée. Elle améliore les processus, réduit les erreurs, stimule la R&D et participe à la détection ainsi qu'à la prédiction des anomalies. L’usage des chatbots dans certaines fonctions commerciales renforce l’efficacité et améliore l’expérience client. L’IA permet d’automatiser les tâches routinières et de recentrer les cadres sur des missions stratégiques à forte valeur ajoutée. Ces transformations restent toutefois encore limitées à certains usages et contextes.

Cependant, l’émergence de l’IA suscite des inquiétudes réelles quant à la transformation du travail. Parmi les craintes exprimées par certains cadres de l’industrie :

  • Les risques d’obsolescence de certaines compétences ;
  • La perte de l’expertise humaine et le développement d’une forme « paresse intellectuelle » ;
  • L’émergence de pratiques managériales centrées sur les résultats, susceptibles de déshumaniser les processus et d’accroitre la pression sur les salariés ;
  • Les enjeux de cybersécurité et de fuite des données sensibles ;
  • Les clivages entre les cadres maîtrisant les outils d'IA et ceux qui peinent à s'y adapter.

Les travaux d’observation de l’Apec et de l’OPCO 2i montrent que l’intégration réussie de l’IA dans l’industrie repose sur plusieurs conditions: l’acculturation des cadres, l’accès à la formation, ainsi que le développement d’usages maîtrisés, responsables et collectivement régulés.

 

Pour aller plus loin :

Apec, en partenariat avec OPCO 2i, L’intelligence artificielle dans l’industrie : un impact multidimensionnel mais encore modéré sur les métiers des cadres, collection «ompétences», février 2025.