Longtemps analysés sous l’angle des départs à la retraite des générations du baby-boom, les enjeux de renouvellement des effectifs restent centraux sur le marché du travail. Dans l’économie sociale et solidaire, où de nombreux métiers reposent sur la relation humaine et sont difficilement automatisables, ces départs posent un enjeu spécifique d’anticipation et de transmission. Cet article s’appuie sur une étude du Carif-Oref Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui montre qu’environ un quart des métiers de l’ESS sont fortement concernés dans les prochaines années, et en analyse les enjeux, métier par métier.
ESS : quels métiers vont devoir se renouveler face aux départs à la retraite ?
Une économie sociale et solidaire fortement implantée et féminisée en région
En région Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’ESS regroupe 19 134 établissements employeurs, soit 9,4 % de l’ensemble des établissements régionaux. Près des trois quarts sont des associations, les autres se répartissant entre coopératives, mutuelles et fondations. L’ESS emploie 187 000 salariés, représentant également 9,4 % de l’emploi salarié régional, et se développe principalement pour répondre à des enjeux d’autonomie, d’inclusion sociale et d’accompagnement des publics fragiles.
Les femmes constituent les deux tiers des salariés de l’ESS, un constat lié à la prédominance des secteurs du médico-social et du social. Plus de la moitié de l’emploi salarié se concentre ainsi dans l’hébergement médico-social et social et dans l’action sociale sans hébergement. L’enseignement et les activités associatives regroupent également une part importante des effectifs.
Les conditions d’emploi présentent des spécificités marquées. Si 82 % des salariés sont en contrat à durée indéterminée, la part des contrats à durée déterminée reste plus élevée que la moyenne régionale (10 % contre 6 %). Le temps partiel concerne plus d’un tiers des salariés (37 %), soit plus du double de la moyenne régionale. Par ailleurs, près de la moitié des salariés de l’ESS sont diplômés de l’enseignement supérieur (46 %).
L’ESS couvre un large panel de métiers. Parmi les plus représentés figurent les aides à domicile, les professeurs des écoles, les assistantes maternelles, les moniteurs et éducateurs sportifs, ainsi que les formateurs et animateurs de formation continue.
Des métiers clés particulièrement exposés au vieillissement
L’étude réalisée par le Carif-Oref Provence-Alpes-Côte d’Azur met en évidence un enjeu majeur : un quart des salariés de l’ESS ont 55 ans ou plus. La part des seniors a progressé plus rapidement que dans l’ensemble de l’économie régionale, passant de 20 % à 24 % en six ans, contre 18 % à 20 % tous secteurs confondus. Dix métiers au cœur de l’ESS comptent au moins un quart de salariés seniors : employés de maison, aides à domicile, secrétaires, professeurs des écoles, formateurs, agents de services hospitaliers, adjoints administratifs, agents de services des établissements primaires, assistantes maternelles et aides médico-psychologiques. Deux d’entre eux sont déjà confrontés à de fortes tensions de recrutement : aides à domicile et employés de maison.
Une lecture genrée du renouvellement intergénérationnel apporte un éclairage complémentaire. Les hommes, bien que moins présents dans l’ESS, sont surreprésentés dans les postes d’encadrement et de direction, qui seront particulièrement touchés par les départs à la retraite. À l’inverse, certains métiers quasi exclusivement féminins, comme ceux d’employée de maison ou d’assistante maternelle, figurent parmi les métiers exposés à des déséquilibres et à des tensions de renouvellement à court terme.
Anticiper le renouvellement : des stratégies à adapter métier par métier
Il ressort de l’état des lieux dressé par le Carif-Oref Provence-Alpes-Côte d’Azur que le renouvellement intergénérationnel ne peut être pensé de manière globale : il doit être abordé à une maille fine, métier par métier, au plus près des réalités du terrain. Chaque profession présente ses propres contraintes et leviers. À titre d’exemple, le métier de formateur requiert une double expertise technique et pédagogique souvent acquise sur le terrain. Dans ce cas, les actions facilitant la transmission intergénérationnelle entre profils juniors et profils seniors peuvent être considérées par les structures employant des professionnels formateurs. Pour le métier d’assistante maternelle, la valorisation des rémunérations apparaît comme un levier d’attractivité essentiel.
Le renouvellement intergénérationnel dans l’ESS ne relève donc pas d’un enjeu uniforme, mais de stratégies différenciées selon les métiers.
Pour aller plus loin :
Durmontier A.-S., Le renouvellement générationnel de la main-d’œuvre dans l’économie sociale et solidaire, collection « Panorama », n°11, septembre 2025.